- "Tu brodes quoi ?

- Des gros mots sur un tissu rose à coeurs.

- Des gros mots ?

- Ouais, "Hey fuck you"

- Mais... pourquoi ?

- Ben c'est drôle de broder des insultes sur un tissu rose à coeurs non ?

- C'est... original..."

 

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C'est drôle non ???

Et puis c'est bon de dire "fuck you" parfois, aux autres, à la life, à soi-même, et c'est une vieille chanson des beastie boys que j'aime bien.

Bref, j'ai pas inventé le décallage broderie/insulte, mais c'est un truc qui me fait bien marrer.

 

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Alors le problème, c'est que je ne sais pas broder. J'aimerais bien m'y mettre, mais je ne connais pas les points, et je ne sais pas trop comment m'y prendre. Il y a longtemps, j'avais pourtant acheté deux petits tambours à broder, avec cadres en plastok, plutôt moches, en tous cas, ultra kitsch.

Et puis en parcourant mon flux hellocoton, je suis tombée sur la magnifique couronne printanière de Pin'k up...

 

Couronne01(Crédit photo : Pin'k up).

 

Canon !

J'ai donc ressorti mon tambour à broder, mon coupon de tissu le plus kitsch, mes aiguilles, et roule ma poule. Et pour le cadre, je me suis fortement inspirée de la couronne printanière de Pin'k up. Sa version est beaucoup plus douce et élégante que la mienne, mais encore une fois, je me suis dit que j'allais y aller à fond dans le mauvais goût pour mon petit ouvrage !

Toujours est-il que j'ai totalement craqué sur les siens, et que j'ai bien envie de me racheter des petits tambours plus jolis, en bois, et de faire quelque chose avec de plus subtil que ma réalisation ;)

 

La broderie a été souvent employée par des artistes pour dénoncer la condition de la femme. Elles jouent justement du décalage entre l'art de broder, activité féminine s'il en est, typique de la femme au foyer, voire marquée par une époque où la femme n'était pas vraiment émancipée, mais s'en servent pour illustrer des scènes de cul, du porno, des phrases crues, etc. Ce sont des réalisations que j'aime bien, même si le côté didactique de la chose m'agace un peu et que qu'utiliser un médium genré pour dénoncer les genres, c'est un peu le serpent qui se mord la queue. Néanmoins, je trouve ça intéressant. Je simplifie un peu, parce que certaines de ces artistes se défendent de faire des oeuvres féministes ou dénonciatrices, mais enfin c'est plus ou moins le concept.

Petite liste non exaustive de ces artistes :

 

ghada amer

Gada Amer est une artiste egyptienne, née au Caire en 1963, qui a fait ses études en France. Elle utilise la broderie, comme symbole conformiste de la femme, mais puise ses modèles dans des revues pornographiques pour hommes hétéros. Elle superpose les broderies, et laisse les fils dépasser, et s'emmêler. Au premier coup d'oeil, on ne distingue qu'un amas de fil, et en regardant de plus près, on se retrouve dans la position du voyeur, montrant la femme dans une position d'objet sexuel. Elle ne revendique cependant pas ses oeuvres comme étant féministes, car pour elle, "le féminisme et la séduction ne sont pas incompatibles" (là dessus, on est d'accord, mais tu ne m'enlèverra pas de l'esprit que ses réalisations ont quand-même un ptit caractère féministe hein). Elle joue par contre bien sûr de ce décalage entre le médium et la représentation picturale.

Enfin, elle confronte art et artisanat, utilisant un médium traditionnel de manière ultra contemporaine.

 

anette messager

Annette Messager, papesse de l'art contemporain, artiste française née en 43. Elle utilise très souvent des techniques dîtes féminines dans ses oeuvres : couture, broderie, peluches, etc. Il y a souvent une dimension de mort, de sexualité, d'intimité, et de "mythologie individuelle" dans son travail.

Pour son oeuvre "Ma collection de proverbes" (1974), l'artiste brode sur des pièces de tissu blancs une série de proverbes misogynes.

Quelques exemples : "les renards sont tout en queue, et les femmes tout en langue" ; "souvent femme varie, bien fol qui s'y fie" ; "une femme sans mari est un navire sans gouvernail" ; "la femme a les jupes longues et l'esprit court" ; "on peut compter sur la fidélité de son chien et sur sa femme, jamais". Et j'en passe, et des meilleures (je sais, ça pique les yeux). Pourtant, encore une fois, pour cette oeuvre, Anette Messager déclîne le cliché, sans vouloir dit-elle, le dénoncer. Elle pose la question du féminin, sans s'engager dans le féministe, voulant simplement renvoyer le spectateur à ses contradictions.

« le féminisme et la séduction ne sont pas incompatibles »
« le féminisme et la séduction ne sont pas incompatibles »
« le féminisme et la séduction ne sont pas incompatibles »

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Alaina Varrone, américaine née en 1982. Alors là, je ne connaissais pas, et je n'ai pas trouvé grand chose à lire sur sur travail sur internet, donc je ne vais pas inventer, mais je trouve que ça illustre pas mal la contradiction entre médium et le sujet représenté.

Dans la même verve, il y a Mélisandre Caron, mais pareil, je ne connaissais pas.

 

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Et enfin, pas grand chose à voir avec le schmilblick, si ce n'est le titre et le caractère "affirmation de la femme" de l'ouvrage, mais je ne saurais que vous recommander l'album "Broderie", de Marjane Satrapi.

 

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"A l’heure du thé, quand les hommes partent fumer, les femmes se retrouvent alors entre elles. On se les imagine directement brodant au coin du feu… Mais on fait fausse route ! Ce moment privilégié est consacré à toutes sortes de discussions, sans plus aucun tabou. Et tout y passe : amour, sexualité, amant, virginité, divorce,… et si il est question de broderie, c’est bien plus pour évoquer une chirurgie tout particulière qu’un écheveau !" (en effet, la broderie, c'est le mot que l'on utilise pour évoquer l'acte de se faire recoudre l'hymen).

 

Et nous alors, qu'est-ce qu'on peut bien broder ?

Comme je vous le disais, je n'y connais rien en broderie, mais j'ai bien envie de m'y mettre. Du coup, je me suis dit que j'allais vous faire un petit medley d'ouvrages, histoire de s'inspirer un peu et de se donner envie !

 

montage broderies

1 et 2 : Ana Theresa Barboza.                                6 :  Sarah Walton.

3 : Atelier Volapuk.                                                  7 : Sarah K. Benning.

4 : Guacolda.                                                           8 : Hinke Schreuders.

5 : Happy red fish.                                                   9 : Jose Ignacio Romussi Murphy.

 

  Et puis en faisant mes petites recherches, je suis tombée sur une pépite : le blog du kisch. Collages, peintures, illustrations, broderies, art contemporain... La régalade !

  Moi je m'arète là, j'ai bien bossé non ? Bises filées.